PRÉSENTATION

En novembre 2011, la Conférence générale de l’UNESCO a adopté la « Recommandation concernant le paysage urbain historique, y compris un glossaire de définitions », concrétisant ainsi six années de réflexion et de développement d’un nouvel instrument normatif permettant de renforcer la sauvegarde du  patrimoine urbain, notamment les sites urbains inscrits sur la Liste du patrimoine mondial.

L’adoption de cet outil a également permis de refléter trente-cinq ans d’évolution de la pensée et de la pratique en matière de sauvegarde du patrimoine urbain, depuis la « Recommandation concernant la sauvegarde des ensembles historiques ou traditionnels et leur rôle dans la vie contemporaine », adoptée par l’UNESCO en 1976.

En novembre 2021, la Recommandation concernant le paysage urbain historique célèbrera donc son dixième anniversaire la Fondation pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel de Rabat , Le Ministère de Culture de la Jeunesse et des Sports, le Ministère  l’Aménagement du Territoire National, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville et le Bureau de l’UNESCO pour le Maghreb entendent contribuer à cette célébration via un programme d’activités qui démarrera le 20 mai avec l’atelier faisant l’objet de la présente note et se poursuivra jusqu’au mois de novembre. Les détails de ce programme seront dévoilés très prochainement.

Depuis l’inscription du site « Rabat, Capitale Moderne et Ville Historique : un Patrimoine en partage » sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco, la ville de Rabat connait un essor sans précédent, au niveau de sa dynamique de restauration du patrimoine, soutenu par les programmes de réhabilitation et de mise à niveau des tissus patrimoniaux initiés par SA MAJESTE LE ROI Que Dieu l’Assiste.

Cette dynamique s’est également traduite par la mise en place d’un dispositif de gouvernance piloté par le Wali de la Région Rabat-Salé-Kenitra et rassemblant l’ensemble des acteurs de la culture et de l’urbanisme, autour de la Gestion Urbaine des Sites Inscrits et du Processus d’Autorisation de projets patrimoniaux.

La gestion des projets portant sur les composantes remarquables du patrimoine, s’appuie sur les nouveaux référentiels urbanistiques des Plans d’Aménagement et de Sauvegarde, qui définissent la nature du mode opératoire d’intervention, ainsi que les dispositions architecturales, paysagères et urbanistiques à respecter.

Toutefois, les interventions aussi bien dans les secteurs faisant partie du bien inscrit que dans la zone tampon, ou en dehors de celle-ci, soulèvent un certain nombre d’interrogations relatives à la préservation de cet ensemble urbain à fort caractère historique, notamment du point de vue du paysage, lors de leur instruction et entre autres :

  • Convient-il de respecter le courant architectural patrimonial dominant dans le secteur ? Cette approche implique-elle une reprise systématique des ordonnancements ? des compositions spécifiques ? et/ou d’éléments architectoniques de ce courant ?
  • Quelle place devrait tenir des approches architecturales plus contemporaines dans la sédimentation historiques des courants architecturaux qui caractérise le paysage urbain de la capitale ?
  • Quelle approche légitime pour le respect de ce paysage au niveau des interventions entre reprise, rappel et relecture des attributs urbains et architecturaux du patrimoine ?

Ces interrogations interpellent aujourd’hui une compréhension renouvelée de la notion de paysage historique, portée par la Recommandation de l’UNESCO concernant le paysage urbain historique (2011) et de nouvelles démarches où la créativité et l’innovation constituent des instruments de conciliation des enjeux complexes que soulèvent les interventions dans les sites patrimoniaux.

Durant des décennies, les impératifs de développement et d’aménagement des territoires ont été, partout dans le de monde, à des degrés divers, opposés à ceux de la sauvegarde du patrimoine urbain et architectural. L’impossibilité de concilier ces deux priorités reconnues par tous les pays résultait d’une approche axée sur la protection et la conservation du patrimoine plutôt que sur son inclusion dans les processus de développement, sur la base de la reconnaissance implicite du caractère évolutif du patrimoine, en particulier le patrimoine que l’on pourrait qualifier de « vivant ». Cette approche, qui a pu s’avérer efficace dans de nombreux cas traitant de sites archéologiques, de monuments ou d’éléments urbains isolés, a été confrontée au fil du temps aux limites inhérentes à son application. Dans le cadre de la Convention du patrimoine mondial, ces limites ont pu être constatées sur plusieurs biens urbains inscrits sur la Liste du patrimoine mondial où ils sont la catégorie la plus représentée. C’est ce retour d’expérience qui a poussé les acteurs de la Convention (Etats parties à la Convention, Comité du patrimoine mondial, UNESCO, organisations consultatives, professionnels du patrimoine et du développement et société civile) à envisager une approche différente qui intègrerait caractère évolutif immuable des territoires urbains comme une caractéristique incontournable voire centrale du processus de sauvegarde du patrimoine urbain. Cette nouvelle approche, centrée sur le « paysage urbain historique » amène un regard nouveau sur les territoires complexes que sont les établissements urbains, quelles que soient leur taille, leur géographie, leurs caractéristiques naturelles et humaines et les dynamiques sociales et économiques qui portent leur évolution. Cette approche apporte des réponses quant aux nombreuses interrogations que pose l’impact du développement sur le patrimoine mais soulève aussi d’autres interrogations en portant la réflexion au-delà des zones urbaines dites classées, que ce soit au niveau national ou international. En effet, la complexité de cette approche repose sur le principe selon lequel tout établissement humain a une histoire qu’il convient de prendre en compte dans les stratégies nationales, régionales et locales d’aménagement du territoire et de développement urbain, que ce soit à petite, moyenne ou grande échelle. Ainsi, tout projet, toute intervention peut avoir un impact sur un patrimoine urbain qui n’est pas toujours valorisé, reconnu ou même connu. Mais plutôt que d’être une entrave potentielle au développement, ce changement de regard est au contraire une opportunité pour assurer un futur prospère aux établissements humains tout en assurant la pérennité des témoignages de leur histoire.

Aussi, le présent atelier intitulé « Enjeux et Potentiel de l’intervention dans les ensembles urbains historiques » constituera une plateforme de débat et d’échanges avec des experts nationaux et internationaux autour d’expériences reflétant :

La créativité entre l’impératif de préservation du patrimoine et le défi de développement des tissus urbains patrimoniaux.

L’innovation au cœur des stratégies de mise en valeur du patrimoine.

Cet atelier permettra de transcender les pratiques de gestion urbaine exclusivement dédiée à la préservation des tissus, vers une approche innovante et intégrée où la créativité transcendera les interventions de développement et de mise en valeur en nouveaux outils de protection des attributs de la valeur patrimoniale de tout ensemble urbain et plus spécifiquement ceux de la Valeur universelle exceptionnel (VUE) d’un site comme celui qu’abrite la ville de Rabat.

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